L’urgence climatique, au cœur de la COP25, la conférence de Madrid sur le climat, incite à revoir ses habitudes de vie et de consommation. Dans le sport, des bons gestes permettent de mieux concilier sa pratique avec l’écologie. Comment faire concrètement ?  Conseils de sportifs et exemples d’initiatives inspirantes.

 

Le plogging, une attitude « sport utile »

Trail Runner Foundation

Sur Instagram ou Facebook, des runners s’affichent tout sourire avec un sac de déchets à la main… La chasse aux plastiques, bouteilles, et autres détritus est toujours fructueuse, vous diraient ces adeptes du « plogging », une pratique qui consiste à ramasser des déchets pendant sa course ou sa marche. Débarquée de Suède en 2016, la tendance fait des émules dans l’Hexagone. Les nombreux groupes Facebook et associations sportives dédiées illustrent l’importance de cette communauté unie par une même conviction : le sport peut aussi servir la planète. Murielle Miguelgorry, traileuse, a pris l’habitude de s’arrêter systématiquement pendant son entraînement dans les montagnes basques.  « Lorsque je vois des déchets je ne peux pas les laisser là, souiller mon terrain de jeu que j’aime tant ! C’est plus fort que moi, lâche la sportive, membre de la Trail Runner Foundation, un des groupes de plogging les plus actifs en France avec la Run Eco team. J’adore mon sport, courir en montagne, respirer à pleins poumons. Mais je veux pouvoir le faire dans un environnement appréciable par sa beauté parce qu’il est propre et immaculé ! »

Seuls ou en groupe, en ville ou à la campagne, les ploggers s’activent et sensibilisent sur les réseaux sociaux au nécessaire ramassage des déchets. Un réflexe naturel adopté aussi en compétition par Emilie Melandy, runneuse et co-auteure du site les Tortues-Runners. « Lors d’une course, je jette toujours mes gobelets à la poubelle. C’est un geste basique et indispensable. Si j’emmène un gel, une compote ou n’importe quel contenant plein, je les ramène vide dans une poche ». Même son de cloche chez Ludovic Brachet, coureur cycliste et auteur du blog CommeUnvelo.com. « En compétition, je fais toujours attention à bien mettre mes déchets dans les zones de propreté prévue ou à la poubelle quand la course est finie. On doit laisser le parcours aussi propre qu’en arrivant».

 

La chasse aux déchets sur les courses

La gestion des déchets est une problématique de plus en plus prise en compte dans les manifestations sportives. Exemple au Marathon vert de Rennesles coureurs s’engagent à signer une charte de bonne conduite écologique. « On n’est pas encore au stade de les disqualifier s’ils jettent à côté de la poubelle mais ça les sensibilise », explique David Hervelin, coordinateur de cette course. La démarche est symbolique mais semble fonctionner : « On est satisfaits et on sent que les gens sont respectueux et ne laissent pas les déchets n’importe où. »

Différents dispositifs incitent à un comportement plus « vert » pendant les courses : « on essaye au maximum de trier les déchets, les cartons et de limiter les plastiques, détaille David Hervelin. Une équipe de bénévoles est dédiée au tri sur le parcours et sensibilise les coureurs et les autres bénévoles. On récupère aussi 90% des « ecocup » (verres réutilisables). Sur l’édition 2020 (le 25 octobre 2020) des rampes d’eau seront installées à l’arrivée et sur le parcours afin d’éviter les bouteilles plastiques ». La démarche ne se limite pas au tri. Des systèmes de navettes gratuites sont notamment proposés pour favoriser les transports collectifs.

Le Marathon Vert est une des premières courses à avoir inscrit le développement durable dans son ADN, fait remarquer David Hervelin. Elle est associée depuis 2012 à la plantation d’arbres selon le principe 1 km parcouru = 1 arbre planté. Depuis, ce projet a permis de planter plus de 850 000 arbres. « On espère atteindre 1 million d’arbres l’an prochain », anticipe David Hervelin avant de noter : « Le développement durable est au coeur de nos préoccupations et on voit que tout le monde commence à penser pareil ».

 

Des manifestations sportives éco-responsables

Ecogames et leur collecte de mégots

Marathon de Paris, EcoTrail… De plus en plus de manifestations sportives surfent sur le principe d’éco-responsabilité. Didier Lehénaff, passionné de sport et plogger assidu, a conçu les Eco-Games, des défis sportifs à visée environnementale. A Paris, en novembre dernier, les participants ont par exemple relevé un challenge 60 minutes de ramassage de mégots de cigarettes. « Le plogging est une manière de s’engager concrète, efficace et de terrain. De plus en plus de gens s’y retrouvent », juge le sportif, président de SVPlanète (un Sport Vert pour la Planète). Selon lui, le sport est un formidable levier de mobilisation pour protéger l’environnement « quel que soit son niveau». « Moins de 20 % des gens s’intéressent à la science mais plus de 80 % s’intéressent au sport. Il ne faut donc pas demander aux scientifiques de faire prendre conscience du réchauffement climatique mais aux sportifs. (…) N’importe quel sport peut devenir support d’une action à visée environnementale ou sociale », croit Didier Lehénaff.

 

Le bénévolat sportif, autre forme d’engagement militant

Participer à une compétition éco-responsable se révèle donc une manière de faire du sport « utile ». Et pas seulement sur la ligne de départ… « Certaines organisations comme le triathlon de Chantilly proposent aux participants d’être bénévoles sur une course en échange d’un dossard pour une autre épreuve, d’autres encore proposent une réduction sur le prochain dossard, observe Ludovic Brachet. Cela permet d’être de l’autre côté de la barrière, de voir autrement le comportement en course et de mesurer l’impact du sport sur l’environnement. Surtout quand il faut nettoyer les fossés autour des tables de ravitaillement et enlever le balisage ! »

 

Du sport oui, mais local

Au-delà du plogging et du bénévolat, de simples changements quotidiens permettent de réduire son empreinte écologique. « Mon premier réflexe est de limiter mes déplacements en privilégiant les courses locales, raconte Emilie Melandy. Habitant en banlieue parisienne, de nombreuses compétitions sont facilement accessibles en transports en commun. Pour les trails aussi le choix est varié, pas besoin de se déplacer loin pour s’amuser sur les sentiers ! »

Ludovic a choisi aussi de « rester local » dans sa pratique cycliste. « J’essaie de réduire mon empreinte carbone en roulant dans ma région. Il y a des coins super sympa avec de belles bosses et de jolis paysages pour se faire plaisir en deux roues. Pas besoin d’aller en montagne pour grimper ! Et si c’est pour une compétition et que la voiture est le seul moyen de transport, on fait du covoiturage en transportant plusieurs vélos ».

Tortues-Runners

 

Vers du matériel moins énergivore en salle de fitness

Chez les passionnés de sport « indoor », s’entraîner près de chez soi est une source de motivation qui contribue indirectement à réduire son empreinte environnementale. Mais passée la porte des clubs, les aficionados n’ont souvent d’autre choix que de s’exercer sur des équipements gourmands en énergie. Certes, des appareils de cardio et de musculation sans moteur et à la structure en bois existent, comme les tapis de course et les rameurs qui fonctionnent avec l’énergie produite par l’utilisateur. Mais l’installation de ces technologies innovantes reste encore marginale, en raison de leur coût, plus élevé que les appareils qui inondent le marché.

 

Des en-cas sportifs bio ou faits maison

En attendant plus d’infrastructures vertes, le sportif écolo se rabat sur d’autres champs d’action comme l’alimentation et l’équipement. Côté nutrition, les collations pendant l’entraînement sont l’occasion de faire la part belle aux en-cas bio ou au fait maison, comme le fait Emilie Melandy. « J’évite les emballages superflus en consommant des fruits ou des fruits secs, en faisant mon propre gâteau sport ou sinon, en achetant des barres bio ».

 

Les astuces pour « verdir » son vestiaire sportif

Yogamatata

Côté équipement individuel, l’industrie de l’habillement sportif valorise des produits dont les qualités techniques (confortables, souples, imperméables, résistantes à la sueur) s’accordent difficilement avec la planète. Face à ce constat, certains sportifs prônent une consommation plus éthique et raisonnée. Ondine Martinez est de ceux-là. Cette yogi à la fibre écologique a co-fondé il y a un an la marque Yogamatata. Ses tapis techniques sont tous fabriqués en caoutchouc naturel et en liège et disposent d’un emballage « zéro déchet en papier ensemencé », là où la plupart des produits classiques sont en plastique. « Je souhaitais proposer une alternative écologique à ce qui existe sur le marché, quelque chose de mieux et plus conforme à mes valeurs tant au niveau de l’éthique de production que de l’impact environnemental et de l’emballage », explique l’auteure du blog écolo L’éloge de la curiosité. La spécialiste nous glisse ses conseils pour mettre au vert son dressing sportif :

– se tourner vers des marques de sport eco-responsables et éthiques : exemple pour le yoga  Yogamatata, Yoga Democracy, Organic basics, Kitiwaké, Yuj ; pour la montagne et le surf : Lagoped, Natural Peak, Patagonia, EQ (cosmétiques) ; pour le running : Icebreaker, Gayaskin, Veja (chaussures); équitation : Cavaletic, etc.

vérifier les matières premières des vêtements et miser sur la qualité plutôt que la quantité. « On mise sur des textiles fabriqués en Europe à partir de matériaux recyclés, biologiques ou encore de matières premières qui consomment peu d’eau comme le chanvre ».

 – opter pour le seconde main pour les vêtements de sport et le tapis de yoga, « moins impactant pour l’environnement »

– se renseigner au niveau de l‘éthique de production

– remplacer ses tenues et accessoires de sport usés par des alternatives plus « vertes » (gourde plutôt que bouteille en plastique) et donner une seconde vie aux accessoires et vêtements sportifs dont on ne se sert plus (dons ou tri).

 

Des démarches  « green » amenées à se généraliser

Chez EQ aussi, marque de cosmétiques certifiés bio inspirée des surfers, on défend l’éco-responsabilité des produits, avec une gamme de soins solaires naturelle et non toxique pour les fonds marins. Cela passe aussi par des actions de sensibilisation : sur la plage, avec des opérations de ramassage de déchets aux côtés de surfers ambassadeurs de la marque ou directement dans les écoles. « On intervient notamment dans les classes avec la Water family, une association qui sensibilise à la protection de l’océan, et on apprend aux enfants à penser des produits éco-responsables », explique Nathalie Chopin, responsable marketing.

Crédit Photo : Riblanc

EQ et Yogamatata reflètent-t-il un marché du sport en plein virage écologique ? Nathalie Chopin en est certaine : « La notion de recyclabilité, de zéro déchet, de packaging rechargeable est un sujet tellement médiatisé que beaucoup de marques s’y mettent. C’est une tendance qui va devenir incontournable car la nouvelle génération de consommateurs est vraiment en attente de ce genre de démarches éco-responsables », assure-t-elle. Ondine Martinez se montre aussi optimiste : « Avec Yogamatata on fait partie des défricheurs du secteur des tapis de yoga où la mode éthique n’est pas encore développée. Mais on espère que demain plein de marques reprendront le processus. Beaucoup ont déjà évolué, en enlevant leur packaging plastique ». Elle espère contribuer à faire bouger les lignes : « On souhaite avoir un impact sur les plus grosses marques car ce sont elles qui ont les moyens de développer des alternatives éthiques et accessibles au plus grand nombre ». Le message est lancé.